Interview: Entretien avec Arsen et Alan de Exil

Originaire de la scène underground française, Exil développe un post-black metal intense et atmosphérique, mêlant noirceur, textures planantes et émotion brute. Porté par une esthétique à la fois introspective et abrasive, le groupe s’impose comme une voix singulière du genre. Rencontre avec une formation qui repousse les frontières du black metal contemporain.

Le nom du groupe est fort et frontal : comment a-t-il été choisi ? Il s’associe aux thèmes de vos morceaux, notamment l’appartenance et le déracinement : y a-t-il une dimension autobiographique ?
Arsen : Pour ma part, évidemment, avec mes morceaux j’essaie de décrire le folklore kazakh ou des expériences passées qui m’ont amené jusque-là. Le fait d’avoir commencé ce projet après des années passées en France prend encore plus de sens pour moi.

Vous naviguez entre le kazakh, le français et des sonorités slaves. Comment décidez-vous de la langue d’un morceau : est-ce une décision émotionnelle, narrative ou purement musicale, notamment une question de rythme des phrases ou de placement vocal ?
Alan : J’écris des textes ou des strophes uniquement en français et en anglais. Je les envoie à Arsen, qui va incorporer une partie de mes écrits ou même les traduire en russe pour renforcer un de ses vers. C’est un mélange qui se fait au feeling : parfois, un quatrain entier finit dans un morceau ou alors un seul vers.

Arsen : De mon côté, j’essaie parfois de donner un thème à un morceau, et j’essaie de broder des paroles autour. Mais la plupart du temps, ça se fait très instinctivement.

Avez-vous déjà composé un morceau dans une langue, puis changé en cours de processus parce que l’intensité ne fonctionnait pas ?
Arsen : On n’a jamais fait marche arrière sur une langue ou une thématique, mais la plupart du temps, j’essaie de chanter sur les riffs pour déterminer où sont les couplets et quelle ambiance je veux donner. Ensuite, je peaufine en fonction de la langue qui irait le mieux sur tel ou tel passage.

Votre premier album « Karga », qui signifie « corbeau », place cet oiseau au centre de l’album. La symbolique du corbeau est ambivalente selon les cultures : il a le rôle de messager, de présage, de mémoire ou de mort. Quelle dimension a-t-il pour vous et dans l’écriture de vos morceaux ?
Alan : Le corbeau est un cavalier solitaire qui porte en lui moult connotations négatives. On peut penser à Edgar Allan Poe, qui en fait une représentation du mal et de la folie. Ce n’est clairement pas l’idée ici. Je trouve la peinture de Sozo à l’image de notre musique : mélancolique et mystérieuse. Ce corbeau représente aussi à merveille l’exil : il est en perpétuel mouvement, « étranger parmi vous et l’inconnu des siens », comme le chante Arsen sur « Tchujoï ». Nous avons d’ailleurs, choisi l’artwork en dernier.

Arsen : Le corbeau est, à mon sens, plus une métaphore. Le morceau « Karga » est justement porté sur le folklore des steppes. Il est vu comme une présence autour de l’humain qui le guide en fonction de son état mental.

Le morceau « Rodina » avait la lourde tâche d’introduire l’album : pourquoi ce morceau en éclaireur ? Est-ce que « Rodina » représente le cœur thématique de l’album ou, au contraire, une porte d’entrée plus accessible ?

Alan : Il n’y a pas de cœur thématique, mais plutôt un enchaînement fluide entre les morceaux. Ce n’était pas compliqué pour moi de trouver le bon ordre, mais si cet ordre était bouleversé d’une quelconque manière, je pense que cela nuirait totalement à l’écoute de l’album. Néanmoins, je pense que tu peux très bien l’écouter en sens inverse. « Rodina » a été mis en avant car c’est un titre original mélangeant disco, punk et doom. Le riff principal et les ouvertures de hi-hat, du genre disco, font tout le charme et l’étrangeté de ce morceau. C’est aussi un moyen implicite, pour ceux qui nous suivent déjà, de montrer que la transition DSBM de YAD au split clairement plus punk se marque de plus en plus. C’est aussi intéressant et surprenant, je pense, pour nos nouveaux auditeurs de penser tomber sur un groupe de post-black et d’être pris de court.

 

Comment est née la collaboration avec Amy Tung Barrysmith (Amenra et Year Of The Cobra) sur le morceau « L’Exil » ? Sa participation était-elle pensée dès l’écriture ou intégrée plus tard dans le processus ?

Arsen : Quand j’ai trouvé ces deux accords, je me suis dit que ce serait le chant qui devrait guider ce morceau, tellement il laisse de l’espace. Et quand j’ai pensé à Amy, et qu’elle a voulu collaborer sur ce morceau en 2024, j’étais trop content du résultat dès le début que j’ai voulu laisser son chant intact lors du mixage. Personnellement, je connaissais Amy depuis 2017, lorsqu’elle tournait avec Year Of The Cobra en Europe, où j’ai organisé quelques concerts dans la région lilloise. Depuis, on est restés amis et on se voit quand elle est de passage en Europe.

 

Et enfin, la release party de l’album aura lieu le 21 mars à Lille : la décision de la faire sur vos terres plutôt qu’à Paris était-elle limpide ? Est-ce que c’est une façon de vous rappeler d’où vous venez et de remercier votre public lillois ?

 

Alan : Absolument. Cela fait un an que nous n’avons pas joué sur scène (et plus à Lille), c’était évident de venir présenter l’album dans cette ville. C’était donc aussi l’occasion parfaite d’inviter Decline of the I à présider la soirée, eux qui sont venus il y a deux ou trois ans en ouverture de Fange et Imperial Triumphant. Nous sommes honorés et convaincus que les faire jouer sur cette date en ravira plus d’un.

En remerciant, Romain pour l’opportunité de cette interview. Mais également à Exil et plus particulièrement à Arsen et Alan pour leur temps et leurs réponses…

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